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Les acousmates ou la haine de soi comme geste sonore.
La haine de soi n’est pas un geste musical, mais les acousmates sont l’expression sonore de cette haine. A ce titre, nous formons une organisation sonore à laquelle la musique échappe, qui échappe à la musique car la haine de soi détruit sans cesse en nous toute musique, toute harmonie.
En effet, la haine de soi n’est pas une voie originale, elle se contente de détruire l’existant, c’est pourquoi elle interprète. C’est donc un geste sonore qui s’effectue sur de la musique, c’est un geste plein de respect, avec ce qu’il y a de traditionaliste, mais avec la lourdeur de l’ignorance. Cette musique est une impasse, on s’en sort mal. Tout cela est abominablement triste, désespéré, lamentable. Mais dans tout ce gâchis, il y a la fameuse catharsis et sa non moins fameuse libération, la jovialité qui en ressort, la solidarité dans le désastre, et finalement une sorte de musicalité, cette musicalité si particulière qui repose sur l’erreur, quelque chose qui échappe, l’échec lui-même comme une réussite dont on ne peut jamais dire la recette.
Cette haine de soi forme le ciment de la geste acousmatique même si l’on peut reconnaître que cela marque peut-être essentiellement l’amateurisme. A ce titre nous sommes peut-être l’essence de l’amateurisme rendue audible.
La haine de soi est un étendard caché.
C’est une douleur, un havre, et par là fatalement une revendication.
Elle engendre le mythe, un mythe confus, instable, en devenir, qui se cherche et se détruit. Elle naît d’une pauvreté de mythe, d’être.
C’est pourquoi finalement la haine de soi s’observe dans une collection de symptômes qui forment ensemble un chant plein de lyrisme et de pommes de terres.
Le tableau clinique de ce syndrome évolue de l’immaturité à l’hystérie, de l’infantilisme à la constipation, mais on le voit mieux que partout ailleurs dans le travail du négatif. La haine de soi, c’est bien sûr le négatif au travail. C’est le travailleur négatif acharné. C’est le négatif vigoureux, solide, tonitruant, stakhanoviste, socialiste réel. C’est l’homme inhibé. C’est le négatif se niant frénétiquement, simulant le positif, devenant positif, restant négatif. Le travail du négatif, c’est l’impossible travail de la discrétion sous le bruit, de la délicatesse sous la brutalité, de l’amour dans la haine, c’est un échec qui se perpétue dans le progrès.
La haine de soi s’aperçoit entre autres places dans la haine du nom de soi, et c’est pourquoi nous atteignons collectivement l’innommable, l’indescriptible, même si la musique est plate. Les noms innombrables ne sont qu’une pauvre ruse. Certes, nous formons un tout dont les parties sont nommables mais collectivement quelque chose manque toujours. Ici, le tout n’est pas plus que ses parties mais leur contradiction, la haine des parties. Cela engendre l’idolâtrie du collectif, comme bouée, la partie émergeante de l’iceberg, mais que nous nous appliquons savamment toutefois à tuer dans l’œuf même si nous sommes déjà très généreusement amputés.
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